Ce que l’on sait des violences en Corse, une semaine après l’agression du militant indépendantiste Yvan Colonna



La violence est montée d’un cran en Corse. Mercredi 9 mars au soir, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Ajaccio (Corse-du-Sud), Calvi et Bastia (Haute-Corse). Des manifestants ont attaqué plusieurs bâtiments officiels et deux personnes ont été hospitalisées. Dimanche, premier jour de manifestation à Corte, dans le centre de l’île, des milliers de personnes avaient défilé, scandant en corse “Statu francese assassinu !”, “Etat français assassin !”. Jeudi, des élèves ont bloqué un lycée de Corte et allumé un feu dans la rue.

La cause de cette colère : l’attaque d’Yvan Colonna, condamné à la perpétuité et détenu à la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône) pour l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Un autre détenu l’a violemment agressé mercredi 2 mars, le plongeant dans le coma. 

A Bastia, vingt-trois CRS et trois civils blessés

Dans la ville de Haute-Corse, des manifestants ont lancé “des cocktails Molotov, des bombes agricoles, billes de fer, tirs de fronde” aux forces de l’ordre, a détaillé la préfecture dans un communiqué. Les CRS ont de leur côté utilisé du gaz lacrymogène et des lanceurs de balle de défense (LBD). “Un seul tir de LBD a été réalisé et a touché aux parties inférieures un manifestant approchant avec un cocktail Molotov”, a précisé la préfecture.

Au total, 23 CRS et trois autres personnes ont été blessés, selon un bilan publié mercredi à 21h30. Parmi elles, deux ont été hospitalisées, rapporte France 3 Corse ViaStella. Une jeune fille de 16 ans a souffert du gaz lacrymogène, tandis qu’un photojournaliste du quotidien Corse-Matin a été blessé au crâne par un projectile. 

A Ajaccio, un incendie maîtrisé au tribunal et 14 blessés

Pendant cinq heures, Ajaccio a été le théâtre “d’une particulière violence, proche de l’émeute”, a affirmé le procureur d’Ajaccio, Nicolas Septe, à franceinfo. Un “groupuscule de gens pas très nombreux mais très déterminés” voulaitmanifestement en découdre avec les symboles de l’Etat”, a-t-il analysé, pointant “une escalade de la violence de jour en jour”.

Des manifestants se sont introduits dans le palais de justice de la préfecture de Corse-du-Sud. Plusieurs foyers d’incendie ont été allumés devant les portes du palais et à l’intérieur. “Il y a eu un incendie au rez-de-chaussée du tribunal, pas de propagation aux étages, mais pas mal de dégâts”, a mentionné Jean-Jacques Peraldi, le directeur des services d’incendie et de secours de Corse-du-Sud, à l’AFP.

Au moins 14 personnes ont été blessées, dont un journaliste de TF1 à la jambe, selon la préfecture. Cinq personnes ont été interpellées, a dénombré Nicolas Septe. D’après lui, elles ne sont pas issues de cercles militants.

Des manifestants ont aussi attaqué une banque, à l’aide d’une tractopelle de petite taille, avant de se diriger vers la place Claude-Erignac, du nom du préfet assassiné, lieu hautement symbolique.

La sous-préfecture de Calvi attaquée

A Calvi (Haute-Corse), c’est un autre lieu institutionnel qui a été ciblé. Après un début de manifestation calme, “une quarantaine de manifestants, cagoulés, ont jeté des cocktails Molotov contre la sous-préfecture et brisé des vitres à coups de pierres”, a rapporté la préfecture dans un communiqué.

Beaucoup de collégiens et de lycéens parmi les manifestants

Les forces de l’ordre font face à des manifestants particulièrement jeunes. Des “collégiens et des lycéens (…) se mobilisent très régulièrement, souligne Nicolas Septe. Bien évidemment, cela rend les opérations de maintien de l’ordre beaucoup plus sensibles.” Plusieurs mineurs, dont un adolescent de 14 ans, ont ainsi été interpellés à Ajaccio dans la soirée de mercredi. 

Mardi déjà, 300 élèves de trois lycées d’Ajaccio avaient manifesté. Une banderole “Statu francese assassinu” avait été brandie. Douze jeunes avaient été légèrement blessés, rapporte France 3 Corse ViaStella, et un adolescent de 14 ans avait été hospitalisé après avoir reçu un tir de LBD dans le cou.

Mardi 8 mars, Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse, a demandé aux jeunes de ne pas s’exposer. Il a aussi demandé aux responsables des forces de l’ordre “d’arrêter les tirs inconsidérés, les grenades qui blessent, qui mutilent, les matraquages…”, rapporte France 2. 

L’agression d’Yvan Colonna comme déclencheur

Le militant indépendantiste corse est dans le coma après avoir été agressé par un codétenu le 2 mars. Une information judiciaire a été ouverte pour “tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste”. Yvan Colonna demandait de longue date son rapprochement en Corse, ce qui lui a été systématiquement refusé en raison d’un statut de “détenu particulièrement signalé”.

Malgré la levée de ce statut par le Premier ministre Jean Castex mardi 8 mars, les organisations nationalistes réunies à Corte ont acté mercredi la tenue d’une manifestation unitaire dimanche 13 mars, à Bastia. La famille d’Yvan Colonna a appelé la jeunesse corse à ne pas manifester ce jour-là, craignant “un nouveau drame”.



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