Covid-19, ce qu’il faut savoir cette semaine: une épidémie supersonique


Alors que le cap des 300.000 cas quotidiens est dépassé, l’Assemblée nationale a adopté dans la douleur le passe vaccinal.

Bonjour,

Au jeu de l’hyperbole, qui ira le plus haut? Après le raz-de-marée qui nous a emportés la semaine dernière, nous assistons en ce début d’année 2022 à une «hausse supersonique» des contaminations selon Gabriel Attal. Et si Omicron crève les plafonds, la polémique n’est pas en reste avec les déclarations du président venues galvaniser les opposants au passe vaccinal au sein même de l’Assemblée nationale. Et il n’y a pas que les esprits qui s’échauffent: le rythme des tests explose tandis que la vente des masques FFP2 s’envole. À l’école, la colère gronde.

Enfin, à l’aube de cette nouvelle année qui démarre pleine d’incertitude et déjà chargée d’électricité, je vous souhaite, chers lecteurs, santé et sérénité.

Bonne lecture,

Camille Lestienne, journaliste au Figaro.


1. Passe d’armes à l’Assemblée

Le projet de passe vaccinal du gouvernement est âprement discuté à l’Assemblée nationale. Le Figaro

Impair et passe. Est-ce une maladresse ou un savant calcul? Emmanuel Macron confiait mardi aux lecteurs du Parisien , vouloir «emmerder» les Français non vaccinés avec la mise en place du passe vaccinal. Les propos ont suscité une pluie de réactions indignées et une nouvelle suspension des débats à l’Assemblée nationale après une première interruption la veille. Malgré des points de crispation notamment sur le contrôle d’identité, le projet de loi de transformation du passe sanitaire en passe vaccinal a finalement été adopté par les députés jeudi matin par 214 voix contre 93, et 27 abstentions. Le premier ministre a fustigé devant les sénateurs, qui doivent examiner le texte la semaine prochaine, une «infime minorité» de Français refusant la vaccination. «Qui outrage la nation? Qui fracture la nation? Qui conduit les soignants dans nos urgences à faire des choix éthiques dramatiques», a dénoncé Jean Castex. Selon Olivier Véran, 5% des patients hospitalisés disposent d’un faux passe sanitaire.

Isolement réduit. Moins «emmerdantes», les règles d’isolement ont été allégées lundi dernier. Sept jours d’isolement si l’on est complètement vacciné, dix pour les non-vaccinés avec la possibilité de casser la quarantaine deux jours plus tôt avec un test positif. Les cas contact vaccinés, dans le foyer ou hors foyer, sont libres de se déplacer à condition de se faire tester plusieurs fois. Pour les non-vaccinés, l’isolement est réduit à sept jours. Ces mesures prennent en compte les spécificités du variant Omicron dont la contagiosité serait moins longue mais sont surtout destinées à éviter une paralysie du pays. Olivier Véran l’avoue dans le Journal du dimanche, «si tout le monde est à l’isolement, le pays est à l’arrêt, ce qui est dommageable, y compris pour la santé des Français.»

2. Omicron supersonique

S’il y a bien une chose qu’on a apprise pendant cette pandémie, c’est d’être prudent face à ce virus qui a su déjouer pas mal de pronostics.

Pascal Crépey, épidémiologiste à l’École des hautes études en santé publique de Rennes.

Omicron sous toutes les coutures. La hausse des contaminations est «supersonique» et elle «va se poursuivre», affirmait Gabriel Attal mercredi à l’issue du Conseil des ministres. On dénombre ces dernières 24 heures plus de 330.000 cas positifs supplémentaires. Le service Sciences du Figaro fait le point sur toutes les questions que pose le variant Omicron: sa contagiosité, sa dangerosité, l’efficacité des vaccins ou encore la fiabilité des tests. Mais surtout, ce nouveau variant sonne-t-il l’heure de la fin de l’épidémie? Il y a «une possibilité» que la cinquième vague soit «peut-être la dernière», car «il est probable que nous ayons tous acquis une forme d’immunité », a suggéré récemment le ministre de la Santé. Certains experts interrogés par Le Figaro croient en effet à une baisse des cas graves avec le temps. Mais cet optimisme est peu partagé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, mardi, alertait sur la menace que fait planer sur le monde la multiplication des cas d’Omicron. «Plus Omicron se répand, plus il se transmet et plus il se réplique, plus il est susceptible de générer un nouveau variant, a précisé Catherine Smallwood, une responsable des situations d’urgence à l’OMS.

Les chiffres à retenir en France

  • 3695 malades en soins critiques (+30 depuis la veille)
  • 20.688 patients hospitalisés (+502 depuis la veille)
  • 332.252 nouveaux cas détectés en 24 heures (contre 208.099 mercredi dernier)
  • 246 décès en 24 heures à l’hôpital (124.809 morts depuis le début de l’épidémie)

Source : Santé publique France au 5 janvier

Omicron à l’étranger. Pour savoir ce qui nous attend, les yeux se tournent vers l’étranger. L’Afrique du Sud tout d’abord, où le variant Omicron a été détecté pour la première fois. La nouvelle vague épidémique y a été surmontée très rapidement avec jamais plus de 27.000 nouveaux cas par jour. Des chiffres très éloignés des records occidentaux et qui laissent les experts perplexes. Alors que l’Italie va instaurer l’obligation vaccinale pour les plus de 50 ans et que partout dans le monde, l’étau se resserre sur les non-vaccinés, le Royaume-Uni refuse de prendre de nouvelles mesures malgré une épidémie galopante. Les autorités scientifiques britanniques estiment que le risque d’hospitalisation avec le variant Omicron est d’environ un tiers de celui du variant Delta. Et que le vaccin fonctionne. Le Danemark, qui affiche l’un des taux d’infection les plus élevés d’Europe, voit le bout du tunnel. L’Agence danoise de contrôle des maladies infectieuse, misant sur une forme d’immunité collective, croit à un «retour de la vie normale» dans «deux mois».

3. Le dépistage à l’épreuve

Les files d’attente s’allongent devant les laboratoires. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS

Sur les rotules. Si les stocks de tests sont suffisants pour tenir la distance, les personnels des laboratoires peinent à suivre le rythme. «Les équipements pour les tests PCR tournent 24 heures sur 24. Il n’est pas possible d’aller au-delà en raison du nombre incroyable de contaminations», juge le président du Syndicat des jeunes biologistes médicaux. La présidente du conseil national de l’Ordre des pharmaciens appelle de son côté au soutien des autres professions sur les tests antigéniques, car «quand 10 % de la population devient cas contact, il semble délicat de faire reposer l’effort uniquement sur les pharmacies». Alors que 30 millions de dépistages ont été réalisés sur le seul mois de décembre, le coût total de la campagne de dépistage s’élève à plus de 6 milliards d’euros en 2021. Quant aux autotests soumis à une forte demande depuis le changement de protocole sanitaire à l’école, huit millions de dispositifs seront distribués dans les officines la semaine prochaine.

Sur le nez. Autre outil de lutte contre l’épidémie, le masque FFP2 jugé plus protecteur bat des records de ventes. Et la filière française espère bien tirer son épingle du jeu. Elle souhaite que les pouvoirs publics promeuvent ouvertement «la préférence nationale» afin de profiter à plein de l’engouement pour les masques FFP2 sans souffrir de la concurrence chinoise jugée «déloyale». Ce masque, quel qu’il soit, pourra finalement être ôté pour se restaurer dans les transports si l’on est fragile ou qu’on ressent un besoin physiologique. Mais attention, une ou deux minutes seulement et il faudra le remettre tout de suite après, selon Jean-Baptiste Djebbari, le ministre délégué aux Transports.

4. Les enfants vaccinés, testés, masqués

Le masque est obligatoire dès 6 ans dans les espaces publics. Viacheslav Iakobchuk / stock.adobe.com

Vaccin obligatoire? En cette semaine de rentrée scolaire, ils étaient sous les projecteurs. Alors que seulement 1% des enfants de 5 à 11 ans seraient vaccinés, le médecin urgentiste Patrick Pelloux s’est déclaré favorable à la vaccination obligatoire pour les enfants. Un avis pas du tout partagé par les pédiatres interrogés par Le Figaro. «C’est une grosse connerie. Dans le degré d’incertitude d’Omicron, rendre les vaccins obligatoires chez l’enfant, c’est juste dément», s’émeut le pédiatre et infectiologue Robert Cohen. «L’autorisation de vacciner les enfants reste un intérêt individuel, à savoir les protéger des formes graves», rappelle de son côté le professeur Christèle Gras-Le Guen.

Les chiffres à retenir

  • 53,1 millions de personnes ont reçu une première dose (78,7% de la population).
  • 51,9 millions de Français ont un schéma vaccinal complet (76,9% de la population).
  • 26,2 millions de doses de rappel administrées.

Source : Ministère de la Santé au 5 janvier

Masque obligatoire. Depuis lundi, le masque est obligatoire dans l’espace public pour les enfants à partir de 6 ans au lieu de 11 ans auparavant. Une mesure utile selon les experts pour freiner la circulation du virus. «D’un point de vue épidémiologique, ça se justifie : l’enfant est excréteur du virus comme les adultes», rappelle l’épidémiologiste Mircea Sofonea. Le port du masque reste toutefois pénible et contraignant pour les enfants. «Un enfant peut s’adapter facilement, mais il faut que ce soit simple. C’est un jeu de balance compliqué», estime Anne Sénéquier, médecin psychiatre et chercheuse à l’Iris.

Test obligatoire. Alors que le nouveau protocole sanitaire à l’école a été dévoilé tardivement à la grande colère des professeurs, beaucoup dénoncent «une usine à gaz». Entre les différents tests qu’il incombe aux parents de faire effectuer et l’absence des professeurs malades ou cas contact difficilement remplaçables, le système menace de craquer. «Les écoles sont ouvertes, mais on ne voit pas très bien comment on va gérer la vague sur le plan pédagogique, estime le Snalc. On a l’impression que le gouvernement parie sur l’école pour éviter de paralyser la société.» Aujourd’hui 7% environ des enseignants sont absents mais le pic d’absences «ne devrait pas dépasser normalement 15%», a assuré mercredi le ministre de l’Éducation nationale.

5. Passe et masques

Passe sanitaire. Le passe sanitaire est exigé pour se rendre dans les lieux de culture et de loisirs accueillant plus de 50 personnes (cinéma, théâtre, concerts, festivals, etc.). De même pour les restaurants, les bars, à l’intérieur comme à l’extérieur, dans les trains, les cars et les avions, les maisons de retraite et établissements médicaux. Les lieux de culte ne sont pas concernés. Il est obligatoire pour se rendre dans les centres commerciaux de plus de 20.000 m², si le taux d’incidence du département est supérieur à 200. Depuis le 30 septembre, les jeunes de 12 à 17 ans y sont également soumis. Pour rappel, le passe sanitaire n’est pas un certificat de vaccination. Pour qu’il soit valide, il faut être soit totalement vacciné (avec une dose de rappel au maximum sept mois après la dernière injection à partir du 15 janvier, 15 décembre pour les plus de 65 ans), soit présenter un test PCR ou antigénique négatif de moins de 24 heures ou une preuve de guérison (un test positif) de plus de 11 jours et de moins de 6 mois. Il se présente sous la forme d’un QR code stocké dans l’application TousAntiCovid ou sous format papier.

Le port du masque est obligatoire dans les lieux clos soumis au passe sanitaire et à l’extérieur lorsque la distanciation n’est pas possible (marchés, files d’attente, quais de gares, etc.). Certaines communes ou départements ont réimposé le masque en extérieur comme à Paris à partir du 31 décembre. Depuis le 3 janvier, cette obligation concerne les enfants à partir de 6 ans et non plus 11 ans. Le masque est obligatoire dans les écoles primaires à l’extérieur comme à l’intérieur.

Un certificat pour voyager. Depuis le 1er juillet, les Européens peuvent voyager plus facilement au sein du continent grâce à des preuves certifiées de vaccination ou de tests négatifs rassemblées dans un document unique. En format numérique ou papier. Attention cependant, chaque pays peut continuer d’appliquer des règles spécifiques.

6. Les réflexes à conserver

Le virus se transmet par les gouttelettes et les aérosols. Les gestes barrières détaillés par le ministère de la Santé doivent être observés pour se protéger et protéger les autres:

  • Se laver les mains régulièrement ou utiliser du gel hydroalcoolique
  • Tousser ou éternuer dans le pli de son coude
  • Utiliser des mouchoirs à usage unique
  • Porter un masque dans les espaces publics quand la distance de deux mètres ne peut pas être respectée
  • Eviter de se toucher le visage
  • Aérer les pièces le plus souvent possible, au minimum quelques minutes toutes les heures
  • Saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades

7. Que faire en cas de symptômes ?

La maladie se manifeste le plus souvent par la toux, la fièvre ou la sensation de fièvre, la perte de l’odorat et du goût, la fatigue. Si après quelques jours, vous avez du mal à respirer ou êtes essoufflé, il faut contacter le 15. Les symptômes seraient plus légers avec le variant Omicron, s’apparentant à ceux d’un rhume: maux de gorge, maux de tête, écoulement nasal.

En cas signes de la maladie, le plus important est de se faire tester. Le test, PCR ou antigénique, reste gratuit pour les non vaccinés sur prescription médicale ou après avoir été identifié comme cas contact par l’Assurance maladie. En cas de résultat positif sur un autotest, un test PCR de confirmation est recommandé. En attendant le résultat, vous devez vous isoler, porter un masque et préparer la liste des personnes que vous auriez pu contaminer. Dans le cas où le test est positif, l’isolement doit durer 7 jours à compter des premiers symptômes pour les personnes vaccinées, 10 jours pour les personnes non vaccinées. Il peut être rompu à respectivement J+5 ou J+7, si on dispose d’un test négatif et que l’on n’a pas de symptômes depuis 48 heures.

À la semaine prochaine.

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