Dijon, un diocèse en quête de proximité


En Côte-d’Or, le nouvel archevêque devra composer avec des réalités très diverses. Dans l’axe Dijon-Beaune, il trouvera un monde rural dynamique, marqué par la culture de la vigne, où se développe autour de la fête de la Saint-Vincent une forme de piété populaire, lieu privilégié de rencontre entre l’Église et les vignerons.

À l’ouest et au nord, c’est un autre espace rural, vaste, moins peuplé et moins riche, où, à Châtillon-sur-Seine par exemple, prêtres, paroissiennes et paroissiens engagés se démènent pour créer du lien malgré les longues distances qui séparent les différents clochers.

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La métropole de Dijon elle-même est à l’image de cette variété, avec ses multiples paroisses aux sensibilités différentes. Ces dernières années, des prêtres venus d’ailleurs, ainsi que des prêtres de la communauté Saint-Martin, des oratoriens ou encore du Chemin néocatéchuménal sont venus apporter des forces vives au clergé local. Malgré leur diversité, l’unité des prêtres est maintenue, de l’avis de tous, par un lien très fraternel.

Au cours de leurs réunions pour le prochain Synode, les fidèles du Châtillonnais ont exprimé le souhait d’un « pasteur itinérant ». Cette expression pourrait résumer l’espoir de tous ces chrétiens rencontrés, d’un évêque qui les rejoindrait, chacun, dans leurs différentes réalités.

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Paul Houdart, curé de quatre paroisses dans le Châtillonnais

« Dans nos paroisses rurales, ce qui est fondamental, c’est le lien, et ce qui nous tue, ce sont les distances. Nous devons développer la fraternité pour que les gens qui habitent loin aient envie de se retrouver pour vivre leur foi. Si la distance nous sépare, il faut que la charité nous unisse.

Avec le père Cyrille Luwala, vicaire, nous avons 58 clochers répartis sur quatre paroisses. Avant, les dimanches matin ressemblaient à une course contre la montre : après la première messe, il fallait déjà penser à la deuxième à plusieurs kilomètres sans avoir le temps d’échanger avec les paroissiens. En novembre, nous avons donc fixé un seul office le dimanche matin pour assurer une présence après la messe.

Je m’inquiète aussi pour les correspondants de village. Ces personnes référentes pour chaque clocher possèdent les clés de l’église et font le lien avec la paroisse. Elles sont très âgées et sans relève : quand elles ne sont plus là, la vie chrétienne s’efface.

Au mois de mai, Mois de Marie, nous ouvrons tous les jours deux églises différentes chaque soir pour une prière à la Vierge. Nous avons aussi organisé une formation en commun pendant le Carême, des réunions synodales, et une grande messe de retrouvailles après le Covid en octobre. Pendant le repas qui a suivi, les gens étaient heureux : un petit miracle.

La solitude du prêtre à la campagne, ce n’est pas tant le manque de lien que le fait de ne pas savoir vers quoi nous allons. Comment va-t-on faire pour servir ces territoires à l’avenir ? J’espère qu’une réflexion sur le monde rural sera engagée, que l’archevêque viendra nous voir. »

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Père Éric Millot, vicaire général

« Dans les années à venir, il faudra penser à fusionner des paroisses. À Dijon, c’est une évidence, et dans le rural aussi. Aujourd’hui, nous n’avons plus assez de prêtres pour faire vivre de vraies communautés. Il est important d’imaginer un autre type de structure, même si cela nécessite que les gens se déplacent.

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À Dijon, par exemple, nous multiplions les mêmes activités sans que cela soit forcément utile : il ne sert à rien de reproduire ce qui existe, de faire deux réunions de préparation au baptême, et deux groupes de catéchisme, à 400 mètres de distance. Dans le monde rural, les communautés diminuent, et cela peut être difficile à vivre pour elles. Je pense aux jeunes couples et aux familles qui aimeraient peut-être se rencontrer, être un peu plus nombreux. Regrouper les paroisses permettrait de faire en sorte que les gens se connaissent.

D’un autre point de vue, la diversité que nous avons à Dijon est une richesse. Les gens qui arrivent sont souvent étonnés de constater l’ampleur de l’offre paroissiale : d’un lieu de culte à l’autre, il y a des traditions liturgiques différentes. Il faudra garder ces spécificités, cela ne nous empêche pas de maintenir la communion tous ensemble. Mais se regrouper est une nécessité : il faudra aider les chrétiens à en prendre conscience, et que les décisions viennent d’eux. »

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Pierre Derey, vigneron, président de la Société de Saint-Vincent de Dijon

« Nous, les vignerons, nous sommes très attachés à la messe de la Saint-Vincent. Tous les ans, à la fin du mois de janvier, nos sociétés de secours mutuel – les Sociétés de Saint-Vincent – se retrouvent dans un village pour organiser la Saint-Vincent tournante. Ce jour-là, nous formons un défilé avec nos statues et nos bannières, puis l’évêque célèbre une messe dans l’église. Le dimanche précédent, les vignerons se retrouvent dans chaque village, le curé célèbre un office, et la statue et la bannière passent dans un nouveau foyer de vignerons pour l’année à venir.

Pendant ces célébrations, la messe est très importante : dans notre métier, nous sommes entre les mains de la Providence : quand un orage de grêle passe, ou quand la maladie nous atteint, cela ne dépend pas de nous… Nous sommes proches de la nature, et par là, plus à même de nous rapprocher du sacré. D’autant que le vin de la messe est issu de nos vignes, cela a beaucoup de sens pour nous. Pendant la messe de la Saint-Vincent, nous sommes dans l’action de grâce, nous remercions pour nos belles récoltes, et nous prions pour celles qui suivront. Les vignerons sont attachés à cette tradition, même si beaucoup ne sont pas pratiquants.

Dans mon village, à chaque Saint-Vincent, le curé vient bénir la maison du vigneron qui reçoit la statue pour l’année. Il aime le côté concret de notre métier et tient à nous accompagner dans nos soucis journaliers. »

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La Maîtrise de Dijon, née en 1731 et aujourd’hui école de chant choral, fait chanter des adolescents de tous horizons aux offices de la cathédrale. L’occasion pour eux de rencontrer le monde religieux, à travers la musique.

Leurs visages sont sérieux, leurs yeux baissés sur la partition. Si leur expression semble neutre, c’est qu’ils sont tout entiers concentrés sur leur voix, qui s’élève dans la salle de répétition. « Le Seigneur est ma lumière et mon Salut… » Le psaume 26, d’abord. Ubi Caritas, ensuite.

Au collège Saint Bénigne de Dijon, la Maîtrise de la cathédrale, composée d’adolescents, répète sous la direction de son chef de chœur, Étienne Meyer, les chants de la messe d’installation de Mgr Hérouard, qui aura lieu le dimanche 13 mars.

Depuis 1731

Née en 1731, cette chorale fait l’orgueil des catholiques dijonnais, dont beaucoup la considèrent comme « une des plus belles maîtrises de France ». Abritée dans une école privée où les enfants bénéficient d’horaires aménagés, la Maîtrise accueillait traditionnellement une majorité d’enfants de familles catholiques. Mais depuis le déménagement du groupe rue du Pommard, dans un quartier beaucoup plus mixte, beaucoup d’enfants athées, et quelques musulmans, chantent aussi à la cathédrale.

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« Je chante pour rendre service aux gens qui sont là, même si les chants ne résonnent pas avec mes propres croyances », explique par exemple Maya, athée, dans le groupe des 4e/3e.« Beaucoup de gens qui nous écoutent sont seuls, chanter peut leur apporter du réconfort, et ça nous fait plaisir », renchérit Morgane.

« On a l’impression de servir à quelque chose »

D’autres ont ainsi découvert la liturgie catholique. « La religion ne m’intéressait pas trop », reconnaît Manon, « mais à la maîtrise, j’ai trouvé que c’était beau comme croyance, même si je ne comprenais pas les partitions. »

Amine, musulman, « ne croit pas aux chants » qu’il entonne à la messe, mais en y allant, c’est la première fois qu’il a vu des catholiques prier. « Et quand on chante à la messe, c’est différent d’un concert, les gens ne viennent pas pour nous écouter, conclut Jade, mais on a l’impression de servir à quelque chose. »

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Depuis 1976, un prêtre, puis une équipe de laïcs du diocèse de Dijon rédigent et diffusent chaque année 115 000 carnets de Carême dans toute la France. Dans une forme simple et efficace, l’initiative « Carême à domicile », parmi les premières du genre, vise à accompagner le plus grand nombre dans son chemin vers Pâques.

Depuis 1976, un prêtre, puis une équipe de laïcs du diocèse de Dijon rédigent et diffusent chaque année 115 000 carnets de Carême dans toute la France. Dans une forme simple et efficace, l’initiative « Carême à domicile », parmi les premières du genre, vise à accompagner le plus grand nombre dans son chemin vers Pâques.

À cette époque de l’année, Jacqueline Moindrot se repose enfin. À 84 ans, le Carême est son seul moment de répit, avant de repartir dès le mois d’avril dans le rythme effréné des carnets « Carême à domicile », l’initiative qu’elle porte depuis 2009, et accompagne depuis 1976. Tous les ans, cette vieille dame énergique rédige la version adulte des carnets de Carême avec une équipe de bénévoles fidèles, les fait relire, les corrige, et les imprime à quelque 115 000 exemplaires, avant de les envoyer aux quatre coins de France.

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Ces carnets, les fidèles peuvent les croiser sur les présentoirs des églises ou dans les librairies. D’extérieur ils ne payent pas de mine : des feuilles blanches pliées et agrafées, un titre en police sobre « Carême à domicile – Lecture quotidienne du mercredi des Cendres à Pâques », et la date de l’année, tout cela pour 60 centimes. Mais malgré leur apparence modeste, les carnets de Carême du diocèse de Dijon, parmi les premiers du genre, ont connu un succès phénoménal depuis leur création en 1976, diffusant jusqu’à 300 000 exemplaires avant que l’initiative ne soit largement reproduite ailleurs.

« Des idées sérieuses, avec des mots simples »

Aujourd’hui, ils sont imprimés en trois éditions : 85 000 en petit format, 5 000 en grand format « pour ceux qui n’y voient pas clair », et 25 000 pour les enfants. Depuis 1976, la recette est toujours la même : chaque jour, un texte en forme d’anecdote tiré d’un fait vécu, accompagné d’une petite prière, pour que les lecteurs reçoivent quotidiennement « quelque chose de l’Esprit Saint ». Le langage doit être « imagé et facile », pour parler au plus grand nombre, « même à ceux qui n’y connaissent rien. »« Des idées sérieuses, avec des mots simples », martèle Jacqueline Moindrot de sa voix tremblante et affirmée.

À l’origine, le père Augustin Gagey, curé de la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon de 1958 à 1991, avait lancé l’initiative « en réaction à l’indifférence face au Carême », qu’il constatait dans la période post-conciliaire. Ce fondateur des groupes Foi et Vie, grand vulgarisateur de l’enseignement de Vatican II qui a marqué les esprits, les a rédigés jusqu’à sa mort, en 2009. Peu de temps après le lancement, Jacqueline Moindrot, qui l’admirait beaucoup, s’est mise à taper à la machine les textes qu’il lui dictait.

Le Saint-Esprit et de la concentration

Elle s’est tant impliquée dans l’aventure que depuis la mort du Père Gagey, c’est elle qui a repris le carnet adultes. Avant de se mettre à écrire, Jacqueline prie toujours le Saint-Esprit, « se concentre beaucoup », et peaufine chaque texte pendant une semaine, avec en tête les indications du père Gagey : « Un texte, une idée », pas plus.

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Rien ne prédestinait à la rédaction cette fille d’éclusiers, aînée d’une famille pauvre de neuf enfants, qui avait arrêté l’école dès le certificat d’études pour apprendre la couture, avant de devenir éducatrice. Aujourd’hui, la vieille dame pioche tout au long de l’année des histoires à droite et à gauche pour nourrir ses pages. Parfois, c’est un lecteur qui l’appelle, lui raconte un fait vécu, qu’elle note soigneusement.

Une fois les textes écrits, d’avril à août, elle les soumet à la relecture scrupuleuse du père Vincent Richard, président de l’association Carême chrétien, qui a étudié la théologie. Quelquefois, le prêtre tique : « L’Évangile ne dit pas ça ! », lui lance-t-il. « Ah bon ? », répond-elle d’un air coupable. Le carnet passe ensuite par un comité de lecture, puis à l’archevêché, où le père Éric Millot, vicaire général, vérifie la conformité théologique des écrits, et donne l’imprimatur, c’est-à-dire l’autorisation ecclésiastique d’imprimer.

Atelier dans un sous-sol

Dès la mi-janvier, une trentaine de bénévoles sont sur le pied de guerre. Dans le sous-sol de la chapelle Saint-François-d’Assise, à Dijon, Jean-Louis, retraité, coordonne les envois et prépare les colis avec cinq autres dames, avant qu’ils ne soient acheminés dans les paroisses.

Le contenu du carnet est parfois sujet à débat : « On m’a déjà dit que c’était ras les pâquerettes, admet Dominique, rédactrice du carnet jeune et grand-mère de 18 petits-enfants, mais c’est pas grave : il en faut pour tous les goûts. » Et surtout, « c’est un challenge pour chacun de pouvoir penser à Dieu cinq minutes, pendant quarante jours ». Certains lecteurs, enthousiastes, en redemandent un autre pour l’Avent.

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