Noël 2021 : notre sélection de livres à lire près du sapin



Une année chahutée sur bien des plans invite à se tourner vers le refuge de la lecture comme cadeau de fin d’année. Au moment de choisir quels livres offrir, on pourra rechercher l’évasion de bons romans, tel S’adapter, de Clara Dupont-Monod (Stock), qui évoque le handicap avec force et poésie et a reçu le prix Femina et le Goncourt des lycéens, ou encore l’excellente saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard, dont le 4e tome vient de paraître.

Les meilleures biographies parues en 2021 sont d’autres pistes : Georges Bernanos par François Angelier (Seuil), Saint Pierre par Christophe Dickès (Perrin), Dante Alighieri par Elisa Brilli et Giuliano Milani (Fayard), ​​​​​​Louis Massignon par Manoël Pénicaud (Bayard)… Comme des entreprises d’ampleur, tel le Dictionnaire Jésus de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (Bouquins).

On pourra aussi souhaiter mieux s’informer et se former au soin à apporter à la création, alors que la COP26 a montré une prise de conscience insatisfaisante. Un manuel de cuisine gai et ludique (CLD Éditions) peut être un premier pas, comme l’approche réflexive plus complète du Christ vert d’Étienne Grenet (Artège), qui explore les itinéraires possibles de la conversion écologique intégrale.

Enfin, l’accroissement des inégalités invite à faire des fêtes de Noël une occasion de témoigner de la charité, avec les livres solidaires comme pas-de-côté bienvenu dans nos paniers. Parmi les opérations à destination des plus fragiles, on retient 13 à table ! (Pocket), qui réunit les souvenirs de vacances de Jean-Paul Dubois, Marie-Hélène Lafon, Cyril Lignac, Leïla Slimani et d’autres : chaque livre acheté permet aux Restos du cœur de distribuer quatre repas. Dans À nous la terre ! (Folio), des écrivains célèbrent leur amour de la nature, les bénéfices étant reversés à WWF France. Les droits de La bibliothèque des écrivains (Flammarion) sont eux donnés à Bibliothèques sans frontières, et ceux de Storia (Hugo poche) à l’association Ela pour le soutien aux enfants malades.

Sabine Audrerie

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LES CHOIX DE LA RÉDACTION :

Auprès de nos arbres

d’Édith Montelle et Benjamin Stassen

Delachaux Niestlé, 288 p., 39,90 €

Le choix de Christophe Henning. C’est une longue histoire, la vie de l’homme avec les arbres. Un lien amical ou inquiétant, fait de légendes et de traditions, d’essences et de saisons. Tour à tour menaçant ou utile, l’arbre fascine. Symbole du temps qui passe, il peuple l’imaginaire des hommes confrontés à ce géant de la nature. C’est avec mille anecdotes et références que l’autrice ethnobotaniste nous entraîne dans l’espace des forêts sur la trace de ces arbres remarquables, tout comme dans le temps à travers les récits millénaires. Les photos aux couleurs d’automne ou de lumière, les illustrations de hautes futaies ou d’arbres géants sont autant de prétextes à raconter le destin lié des hommes et des arbres.

→ CRITIQUE. « Au nom de l’arbre », le combat inégal du peuple des arbres

Dictionnaire Jésus

par l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, sous la direction de Renaud Silly

Bouquins, 1 312 p., 32 €

Le choix de Dominique Greiner.« Pour vous qui suis-je ? » (Mc 8, 29), demande Jésus à ses disciples. Par cette question, il s’offre à eux explicitement comme une énigme à laquelle s’intéresse ce Dictionnaire Jésus. Avec pour originalité d’assumer le fait que certains confessent Jésus comme Christ, car, estiment les auteurs, il doit bien y avoir une continuité entre ce qu’il fut et ce que ses disciples ont dit et disent encore de lui vingt siècles après. Les 500 entrées (sources, méthodes, lieux, personnes…) qui le composent font donc plus qu’un état de la connaissance historique sur Jésus. Elles nourrissent la réponse que chacun peut apporter à la question qu’il nous pose.

La Bible, Commentaire intégral verset par verset 1. Le Pentateuque

d’Antoine Nouis

Olivétan/Salvator, 766 p., 39 €

Le choix de Malo Tresca. C’est un travail de Sisyphe qu’a entrepris, de nouveau, le pasteur et théologien protestant Antoine Nouis. Dans le sillage du succès de son Commentaire intégral du Nouveau Testament, aboutissement en 2018 de plus de dix ans de labeur, l’exégète récidive en s’attaquant cette fois au minutieux décryptage, verset par verset, du Pentateuque. Proposant réflexions et commentaires fouillés sur des thèmes qui peuvent toujours rencontrer de forts échos dans l’actualité – relation de l’homme et de la femme, souci des plus faibles, sens du repos… –, ce recueil très pédagogique intéressera aussi bien les prédicateurs que les chrétiens désireux d’approfondir leur lecture des textes.

Nouveau départ (La saga des CazaletIV)

de Elizabeth Jane Howard

Traduit de l’anglais par Cécile Arnaud

Quai Voltaire, 624 p., 24 €

Le choix d’Emmanuelle Giuliani. La guerre est finie, la vie reprend, mais tout a changé. Les enfants d’hier sont de jeunes adultes confrontés aux choix qui furent autrefois ceux de leurs parents. Louise, Clary et Polly, les trois cousines, vivent leurs amours sous des cieux contrastés que Elizabeth Jane Howard brosse avec sa finesse coutumière et son humour, ici léger, là plus frémissant. Surtout, davantage encore que dans les tomes précédents de cette formidable saga arrivée en France en 2020 avec L’Été anglais (le premier vient de reparaître en Folio), la question de la sincérité et du poison des non-dits se pose aux personnages comme condition nécessaire à ce fameux « nouveau départ ». Chacun y aspire, dans la crainte (pas forcément désagréable…) ou la confiance, à l’image de la radieuse Polly.

→ ENTRETIEN. Stéphane Bern : « Les univers littéraires anglais me transportent »

Une histoire du ciel

d’Edward Brooke-Hitching

Traduction de Fanny Bouilly

Delachaux & Niestlé, 256 p., 29,90 €

Le choix d’Audrey Dufour. Rarement un livre érudit n’aura été aussi beau. De son exubérante couverture aux précieuses illustrations intérieures, cet ouvrage transporte instantanément dans les plus riches bibliothèques. Ici, la reproduction d’un atlas catalan de 1375. Là, une gravure de la carte céleste de Suzhou réalisée en 1247. Plus loin, une vue de Mars la rouge prise en 2013. Au fil des pages, l’écrivain anglais tient sa promesse et déroule l’histoire du ciel, depuis les étoiles des Pléiades, dessinées par nos lointains ancêtres sur les taureaux de Lascaux, jusqu’aux découvertes les plus récentes. Une exploration scientifique, mais surtout sociologique et spirituelle, qui permet de considérer l’immensité d’un autre œil.

► La jeune femme et la mer

de Catherine Meurisse

Dargaud, 116 p., 22,50 €

Le choix de Stéphane Dreyfus. Qui refuserait, par les temps qui courent, une virée sur les rivages verdoyants du Japon ? Toujours en quête de beauté, Catherine Meurisse (La légèreté, Les grands espaces) nous y promène au fil de son pinceau en poil de tanuki. Un animal de la très riche mythologie nippone, dont il est l’esprit jovial et malicieux de la forêt. C’est lui qui la guide dans ces contrées d’une étrangeté familière, où elle croise également un peintre en panne d’inspiration et une mystérieuse aubergiste. De son trait libre, tantôt caricatural et drôle, tantôt léger et gracieux, l’ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo redit – alors que s’annonce un typhon dévastateur –, combien l’art, la poésie et la nature aident à surmonter tous les désastres.

Les travailleurs de la mer et Poèmes marins

de Victor Hugo (textes et illustrations)

Omnibus, 640 p., 39 €

Le choix de Sabine Audrerie. Beauté, tourments, mystère… À Victor Hugo la mer (aperçue depuis son « look-out », le salon verrière du toit de sa thébaïde de Guernesey où il vécut son exil) fut un miroir expressif. Tourné vers le continent, il observe la Manche comme une terre ; et dans Les travailleurs de la mer il dira la lutte de l’homme avec la nature. Ce coffret, illustré par les dessins d’Hugo, fait aussi la part belle à sa poésie marine, portant contemplation, deuils et toutes tempêtes. De Jersey, en 1854, le poète écrit : « L’île semble prier comme un religieux ; /Tout à l’entour, chantant leur chant prodigieux, /l’abîme et l’océan font leur immense fête ; /La nue en passant pleure ; et l’écueil, sur son faîte, /Pendant que la mer brise à ses pieds le vaisseau, /Garde un peu d’eau du ciel pour le petit oiseau. »

CRITIQUE. « Victor Hugo, dessins », un génie aux multiples talents

► Ma petite biscuiterie

de Christophe Felder et Camille Lesecq

La Martinière, 384 p., 35 €

Le choix d’Élodie Maurot. Ça croustille, c’est moelleux, fondant ou délicatement croquant à toutes les pages de ce délicieux ouvrage consacré aux biscuits par les chefs pâtissiers Christophe Felder et Camille Lesecq. S’ils ont officié dans les plus grands palaces, les deux hommes proposent ici des recettes accessibles, ne demandant ni matériel sophistiqué, ni ingrédients compliqués. À côté de quelques classiques, ce livre de 190 recettes présente surtout quantité de biscuits originaux, aux temps de préparation et de cuisson très raisonnables. Les biscuits roulés – qui font d’excellentes bûches – n’ont pas été oubliés, pas plus que les biscuits de Noël : bredele, navette, petites couronnes à la pistache ou aux pignons… Compact et joliment illustré, ce livre deviendra vite le fidèle compagnon de vos goûters.

Visages de Thérèse de Lisieux

de Didier-Marie Golay

Cerf, 232 p. ill., 29 €

Le choix de Céline Hoyeau. Quel est le vrai visage de Thérèse de Lisieux ? Sa personnalité humaine et spirituelle se révèle-t-elle le mieux à travers les photographies prises par sa sœur, Céline, au Carmel, ou bien dans les portraits que celle-ci peint de sa cadette après sa mort ? Retraçant cette « querelle des images », le carme Didier-Marie Golay nous introduit à ces visages de la sainte de Lisieux, comme autant de portes d’entrée vers le mystère de son expérience intérieure. Thérèse à 15 ans avec son beau chignon, déguisée en Jeanne d’Arc ou entourée de ses sœurs au Carmel, visage intense, à la fois intime et lointain… Chacun de ces 47 clichés est resitué dans son contexte et accompagné d’extraits de ses écrits. Une invitation originale à nouer une relation personnelle avec elle.

► L’Angleterre des jardins

De Francis Peeters (texte) et Guy Vandersande (photos)

Éditions Ulmer, 256 p., 30 €

Le choix de Cécile Jaurès. Instrument de propagande politique, fruit de rivalités botaniques ou simple lieu de plaisir, les jardins font la fierté des Britanniques. Cet ouvrage en retrace l’histoire depuis le XVIe siècle. Dans un récit à la fois précis et riche en anecdotes, le duo d’auteurs belges décrit comment les créateurs d’outre-Manche vont peu à peu s’affranchir des modèles italiens, français et hollandais pour inventer un style propre. À l’image de Capability Brown, père du parc paysager tout en lignes courbes, ou de Gertrude Jekyll, dont le savant méli-mélo coloré inspirera les « cottage garden » des années 1950.

► L’homme-Chevreuil

de Geoffroy Delorme

Les Arènes, 240 p., 29,90 €

Le choix d’Emmanuel Romer. C’est à un voyage que ce livre nous invite, au cœur de la forêt normande. Pendant sept ans l’auteur, qui n’avait pas vingt ans quand l’aventure a débuté, y a vécu avec des chevreuils, devenant au fil des jours leur ami. De cette expérience, il a rapporté une multitude de clichés exceptionnels et autant d’observations précieuses sur le mode de vie de ces animaux, leurs comportements, leurs interactions et sa propre expérience. Ce livre réjouissant, inclassable, poétique, est un bol d’oxygène qui nous fait découvrir la vie sauvage dans son intimité. On y partage la vie des chevreuils mais aussi celle des sangliers, renards et bien d’autres animaux qui peuplent nos forêts et dont nous ignorons l’essentiel.

→ CRITIQUE. « Vols au crépuscule » de Helen Macdonald : regards sur la nature sauvage

Le Corbeau. Une histoire culturelle

de Michel Pastoureau

Seuil, 160 p., 19,90 €

Le choix de Sabine Gignoux. Après avoir exploré l’histoire culturelle de l’ours, du loup puis du taureau, Michel Pastoureau s’attache au corbeau, jadis vénéré par les Celtes ou les Scandinaves. Ceux-ci ornaient leurs casques de son image et plaçaient ses os dans leurs tombes, rappelle historien. L’Église catholique, en lutte contre le paganisme, accable ensuite l’oiseau de tous les maux et l’oppose à la colombe, comme dans le récit du déluge. Pourtant, en dépit de sa couleur associée à Satan, le « hraban » en vieux haut allemand a continué d’engendrer des prénoms : Bertrand, Gontran, Enguerrand. Illustrations à l’appui, l’auteur suggère aussi que dans l’héraldique le volatile pourrait avoir fusionné avec l’aigle romain, en lui laissant son bec courbé.

► Mystères

de Natalia Trouiller et François-Xavier de Boissoudy

Éditions Première Partie, 140 p., 35 €

Le choix de Clémence Houdaille. De Natalia Trouiller on connaissait la casquette de journaliste, de conférencière, incollable sur le gnosticisme des premiers siècles. Mais c’est la poète qui se révèle dans Mystères. Atteinte d’une maladie dégénérative, c’est « lors d’un tunnel de souffrance particulièrement atroce » qu’elle a adressé à Jésus en croix ce qu’elle avait sur le cœur. Ce fut le premier de ces « Mystères », bientôt suivi d’autres méditations du Rosaire. Le peintre François-Xavier de Boissoudy dialogue avec ces textes de tout son talent, ouvrant un chemin où nous entrons « en nous engageant davantage, peut-être, en accompagnant le Christ et sa mère de plus près que lors de nos habituelles récitations du Rosaire», décrit dans sa préface le poète Jean-Pierre Lemaire.

► Forever Saul Leiter

Saul Leiter

Textuel, 312 p., 35 €

Le choix d’Isabelle de Lagasnerie.« Je vois ce monde avec simplicité, c’est une source de joie infinie ». C’est par ces mots de Saul Leiter que s’ouvre ce livre gracieux. Né en 1923 et mort en 2013, Leiter vécut plus de 60 ans dans le Lower East Side à New York, peuplé d’artistes en tous genres, de sans-abri, d’immigrés et de personnes âgées. Au soleil éclatant, ce pionnier de la couleur préfère l’atmosphère ouatée des jours de neige ou la buée des jours pluvieux. Déambulant entre chien et loup, il a inventé un style particulier de photographie de rue : photos prises à travers une vitre, l’entrebâillement d’une porte ou un reflet dans un miroir, silhouettes qui se dérobent. Œuvres tardives, portraits intimes, planche contact, diapositives inédites sorties de l’oubli de son atelier sont à découvrir ici.

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